Venoge Festival 2026

Photos: ©Raphaël Dufour

Venoge Festival 2026 : pour ses 30 ans, le festival voit plus grand sans perdre son identité

Avec 75’000 festivaliers réunis en cinq jours, trois soirées complètes et la présence exceptionnelle de David Guetta, le Venoge Festival a franchi un nouveau cap pour sa 30e édition. Une réussite populaire incontestable, portée par une programmation très large, même si cette volonté de rassembler impose parfois quelques grands écarts artistiques.

Il y a quelques années encore, la présence de David Guetta à Penthaz aurait semblé presque irréaliste. Mardi soir, le DJ français, devenu l’une des figures les plus importantes de la scène électronique mondiale, a pourtant ouvert cette édition anniversaire sur la Raiffeisen MainStage. Son unique concert suisse de l’année avait affiché complet en moins de trente minutes.

Sans surprise, David Guetta a livré un spectacle calibré pour les très grandes scènes : une succession de tubes internationaux, une production imposante et une efficacité redoutable. Dans un show forcément millimétré, le moment le plus personnel est venu d’un souvenir partagé avec le public. L’artiste a rappelé que sa première prestation à l’étranger avait eu lieu au MAD de Lausanne. Une anecdote locale qui, pendant quelques instants, a réduit la distance entre la superstar mondiale et le public vaudois.

Au-delà de la performance elle-même, cette présence symbolise surtout le changement de dimension du Venoge Festival. L’événement est désormais capable d’accueillir des artistes internationaux de premier plan tout en conservant son implantation à Penthaz et une forme de proximité avec son public.

Une programmation aux multiples visages

La véritable force de cette 30e édition résidait toutefois moins dans une seule tête d’affiche que dans la diversité de ses cinq soirées. Électro, rap, chanson française, nostalgie et découvertes se sont succédé dans une programmation pensée pour attirer des publics très différents.

Mercredi, la soirée urbaine, elle aussi complète, a confirmé la place centrale occupée par le rap auprès de la jeune génération. PLK s’est imposé comme l’un des temps forts de la soirée, à quelques semaines de son concert au Stade de France. Sa présence au Venoge Festival, parmi ses dernières dates avant ce rendez-vous majeur, donnait une résonance particulière à sa prestation.

Jeudi, la soirée « Made in Venoge » a joué la carte de la fête et de la nostalgie. Le spectacle Remember Me incarnait parfaitement cette volonté de créer un rendez-vous propre au festival, davantage fondé sur l’expérience collective que sur la seule succession de concerts. Une formule fédératrice, même si elle assume pleinement son goût pour le souvenir et les références populaires.

Vendredi représentait probablement la proposition la plus audacieuse de la semaine. Aux côtés d’une figure confirmée comme Damso, le festival avait choisi de mettre en lumière des artistes émergents, parmi lesquels Yuston XIII. Mais c’est surtout Rilès qui semble avoir laissé l’empreinte la plus forte. Pour la dernière date de sa tournée, à quelques kilomètres de sa belle-famille, l’artiste a livré une performance chargée d’émotion, donnant à cette soirée une intensité plus personnelle.

Samedi, enfin, le Venoge Festival a pleinement assumé sa vocation intergénérationnelle. Passer d’Henri Dès à Gaëtan Roussel, en faisant un détour par Marguerite avant de terminer avec l’énergie débridée de Mosimann, relève du grand écart. Une telle affiche peut manquer de cohérence sur le papier, mais elle résume assez bien l’identité du festival : ne pas s’enfermer dans un genre et préférer le rassemblement à la spécialisation.

Le défi d’un festival devenu grand

Avec 75’000 personnes accueillies en cinq jours, le Venoge Festival ne joue plus dans la même catégorie qu’à ses débuts. Cette croissance est spectaculaire, mais elle représente également son principal défi pour les prochaines éditions.

Introduite l’année dernière, la nouvelle configuration de l’arène de la Raiffeisen MainStage paraît avoir trouvé sa place. Elle permet désormais d’accueillir des productions d’envergure internationale dans de meilleures conditions. Le festival affirme également vouloir conserver cette proximité qui constitue historiquement une partie de son charme.

C’est précisément là que se situe l’équilibre le plus délicat. En attirant davantage de public et des artistes toujours plus importants, le Venoge Festival doit veiller à ne pas devenir un rendez-vous estival interchangeable. Son identité repose sur un mélange particulier de curiosité musicale, d’ambiance populaire, de nostalgie et d’attachement régional. La croissance ne devra pas effacer cette singularité.

L’amélioration des déplacements sur le site, de l’accueil et du confort du public devra également accompagner cette nouvelle dimension. La collaboration renforcée avec les autorités communales et cantonales témoigne d’ailleurs des responsabilités supplémentaires qui entourent désormais l’organisation d’un tel événement.

Une réussite avant tout collective

Derrière les chiffres et les têtes d’affiche, cette édition repose sur une mobilisation considérable. Pas moins de 1’337 bénévoles et 200 responsables ont participé à la préparation, à l’exploitation et au démontage du festival.

Cette force humaine demeure l’un des piliers de l’événement. À mesure que le Venoge Festival se professionnalise et accueille des productions plus ambitieuses, l’engagement bénévole continue de lui apporter une dimension locale et collective essentielle.

Pour ses 30 ans, les planètes se sont donc effectivement alignées : une fréquentation record, trois soirées complètes, une programmation rassembleuse, une météo favorable et même une éclipse solaire venue ajouter une touche presque irréelle au décor.

Le bilan est largement positif. Le Venoge Festival a démontré qu’il pouvait jouer dans la cour des grands sans renier totalement son histoire. Reste désormais à transformer cette édition exceptionnelle en projet durable. Après avoir atteint les étoiles, le festival devra, comme le reconnaissent ses organisateurs, garder les pieds sur terre.